Le château de Montrivel

Le mont Rivel

Extrait de carte IGN de 1950 avant creusement des carrières à ciel ouvert.

Quittons à présent le bourg de Champagnole pour arpenter le flanc sud-ouest du mont Rivel jusqu'à l'extrémité sud du plateau sommital et son éperon barré, et découvrons ensemble le site du château médiéval et l'interprétation des vestiges.

On ignore sa date précise de construction, mais il est probable qu'elle commença aux alentours de 1130 (sous Humbert IV de Salins), peut-être sur les ruines d'un bastion gallo-romain précédamment implanté sur l'éperon. Il passa en 1186 sous la possession de Simon II de Commercy qui en hérita par son  mariage avec Nicolette (fille d'Humbert IV de Salins), déjà baronne des seigneuries de Montrivel et de Château-Villain.

Reconstitution du sceau de Guillemette de Commercy en 1315. En haut à droite : écu de Montrivel d'après l'inventaire du médailler d'Aumont (1878 - 1884) - "Trois quintefeuilles en chef et un mont à trois coupeaux en pointe".

La baronnie passe ensuite sous la possession de la famille de Sainte Croix en 1266 par le mariage de Guillemette de Commercy avec Guillaume. Elle fut veuve en 1301, et en 1315, un acte d'aliénation de la seigneurie nous est parvenu accompagné du sceau de Guillemette qui cédait pour 2200 Florins la terre de Montrivel à Hugues de Chalon, seigneur d'Arlay. Le sceau représente une dame debout la main droite sur la poitrine et la gauche appuyée sur un écu représentant un lion armé, entouré de la légende suivante : "┼ S. MADAME GUILLAUME DE COMARCEYS, DAME DE MORIVAL".

A la fin de la tentative de conquête du Comté de Bourgogne par Louis XI, il est dit que le château fut pris et incendié par ses troupes en 1479.

Dès lors le château tomba en ruines et son abandon définitif semble être intervenu en 1547 par le transfert de la desserte de la chapelle castrale Saint Marguerite à l'église de Champagnole.

Le site du château fort

Détail du flanc sud-ouest du mont Rivel. Etat fin XIXe siècle

Trônant fièrement à 770 mètres d'altitude sur l'éperon barré au sud du plateau sommital, sur la commune d'Equevillon, il s'agissait d'un château à deux cours, séparées l'une de l'autre par un fossé est-ouest taillé dans le roc. Un premier fossé situé au nord (photo N°1) de la haute cour la séparait du reste du plateau. Ce château occupait une surface totale d'environ 4500 m², avec une longueur de près de 120 mètres pour une largeur moyenne de l'ordre de 37 mètres. Les murs épousaient le rebord du rocher, haut d'environ 10 mètres ou plus sur toute sa périphérie (photo N°2). L'accès se faisait depuis l'ouest par le chemin de Burgille (aujourd'hui disparu) et depuis l'est par le chemin d'Equevillon (toujours existant).

Versant sud-ouest du Mont-Rivel et son éperon barré servant d'assise aux ruines du château - Cliché de la fin du XIXe siècle (avant 1894, date de début de construction des fours à chaux). Encadrés : grange de Burgille (à gauche) et éperon du château. Tracé en bleu : chemin médiéval d'accès au château depuis Champagnole.

Description et relevé planimétrique

Relevé planimétrique de M. Dole (CREPAC) - 1992. En rouge : extrapolations pour la présente reconstitution.

Le château se présentait sous la forme de deux cours séparées par un fossé central.

1. La haute cour (au nord) est constituée de quelques éléments de belle élévation :

- Une tour semi-circulaire au nord-est flanquant une épaisse courtine (voir photo N°3).

- Un bâtiment rectangulaire sur le flanc est présentant deux archères conservées encadrant le conduit d'une cheminée (voir photos N°4 et 5).

- La base d'une tour pentagonale en chevron au nord dans le prolongement de la courtine (voir photo N°6).

- Un passage gainé sous dalles appuyées sur quarts de rond au nord-ouest sous la courtine débouchant sur une poterne et un escalier taillé dans le rocher en haut du fossé nord (voir photo  N°7.

- Un reste de bâtiment épaulé à la muraille nord ouest.

- Des pans de mur sur le rebord sud de la haute cour de faible élévation complexes à interpréter.

- Quelques pans de murs difficilement repérables au pied du rocher à l'angle nord-est (ancienne porterie ?)

2. Un bâtiment rectangulaire posé sur la partie ouest du fossé central à côté duquel est aménagée une poterne (photo N°8) sur le flanc ouest.

3. La basse cour située au sud du fossé présente une muraille au rebord du rocher avec des fondations de murs de faible élévation, ainsi que les murs internes des bâtiments adossés au chemin de ronde (dont la chapelle castrale Sainte-Marguerite ?)

A la pointe sud, un passage sous dalles dans une faille du rocher débouchant presqu´à la verticale au pied de l´éperon, 12 m plus bas : le trou du Diable (photo  N°9).

L'architecture générale des vestiges semble correspondre pour l'essentiel au XIIIe siècle, hormis la courtine nord et sa tour pentagonale relevant des techniques de défense contre l'artillerie du XVe siècle. Le château après sa prise et incendie par Louis XI en 1479 semble avoir été abandonné à l'état de ruine. Rousset indique par ailleurs qu'il servit de carrière pour la modernisation du château de Vers-en-Montagne et notamment lors de la construction d'une nouvelle chapelle castrale au XVIe siècle.

Photo N°1 : Paroi du fossé nord. La faille au centre se propage du nord au sud à travers fossé nord, milieu de la tour pentagonale, fossé central et partie sud-ouest de la basse-cour. Elle est le résultat de l'effondrement en 1964 des galeries d'exploitation des fours à chaux, situées 100 m à la verticale sous l'éperon du château.
Photo N°2 : Extrémité sud de l'éperon rocheux (vue du flanc sud-ouest)
Photo N°3 : Tour semi-circulaire flanquant l'angle nord-est de la courtine nord
Photo N°4 : Vue extérieure (versant est) de la tour carrée
Premières assises du bâtiment Est sur l´éperon.
Détail des assises du bâtiment est de la haute cour sur le rocher de l´éperon. Magré des dalles fendues, la stabilité du mur d´une élévation supérieure à 6 mètres en porte-à-faux révèle la solidité du ciment médiéval.
Une des deux baies chanfreinées du bâtiment Est de la haute cour. Vue extérieure.
Photo N°5 : Vue intérieure du bâtiment est. Archères encadrant une cheminée
Vue intérieure de la partie sud du bâtiment Est de la haute cour (logis XIIe ou début XIIIe siècle ?). On notera le ressaut en partie haute sur lequel s´appuyait un plancher. La hauteur de ce niveau est d´environ 5 mètres.
Photo N°6 : Courtine nord et angle sud-est de la tour pentagonale (vue intérieure depuis la "haute cour")
Photo N°7 : poterne à l´angle nord-ouest de la haute cour. Gaine sous courtine dallée débouchant sur un escalier taillé dans le roc. Vue du nord.
Photo N°8 : Passage ouest au fond du fossé central
Photo N°9 : Poterne sud au pied du rocher à travers le "trou du Diable".

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FR25 | Réponse 09.06.2016 23.09

Bonjour ! Quelles sont les preuves tangibles qui laisseraient entrevoir une occupation postérieure à 1479 ?

FR25 10.06.2016 07.07

Merci beaucoup pour vos réponses très pertinentes et encore un grand bravo pour vos travaux dont je suis admiratif ! Impatient de contempler la suite...

B. SERTIER 10.06.2016 00.38

...parfaite en pierres de taille formant arc de cercle. Un escalier en colimacon permettait de monter à l´intérieur." Il me semble que ca lève toute ambiguité.

B. SERTIER 10.06.2016 00.32

G. Cousin écrit en 1552 : "Ce château, abattu pendant les guerres, n´est plus qu´une ruine qu´on remarque en passant, et dont on admire encore la construction..

B.SERTIER 10.06.2016 00.07

Bonjour. Une montre d´arme des retrahants est citée en 1515. Mais a-t-elle réellement eu lieu á Montrivel, ou bien á Vers après son démantèlement ?

FR25 | Réponse 08.06.2016 08.39

Bonjour et merci pour votre réponse. Il a été signalé, dans le fossé, des substructures d'un alignement de pierres maçonnées au pied du passage gainé sous dalle

B. SERTIER 08.06.2016 10.41

Bonjour. Il y a en effet eu manifestement des éléments défensifs supplémentaires (antérieurs ?) à l'avant de la tour pentagonale et du mur bouclier nord.

FR25 08.06.2016 08.42

et reliant la poterne à l'extrémité opposé du fossé. Traces supposables d'une première porterie ?

FR25 | Réponse 05.06.2016 22.31

Bonjour ! D'après François LENG dans "Mont Rivel" il existe une terrasse au sud avec des restes d'habitations. En avez-vous eu connaissance ? Bourg castral ?

B. SERTIER 06.06.2016 00.32

Bonjour. Pas précisément, mais des fondations prolongeant le substrat rocheux du plateau au nord-est du château sont visibles en venant d´Equevillon.

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Commentaires

21.01 | 05:22

Merci de partager le lien de cette association de sauvegarde de cette église hors du commun!

...
11.01 | 14:28

Bravo pour ce travail de restitution de notre histoire.

voir le prieuré de Chatel, commune de Gizia, relevant de Gigny.https://sites.google.com/site/assecjura/

...
05.01 | 11:40

Bonjour. Hélas je n´ai pas connaissance de cette pierre ni de son histoire... La mairie pourrait peut-être vous renseigner.

...
04.01 | 16:33

auriez une info sur une pierre sculptée sur la façade sud d une ancienne ferme de bourg de sirod lieu dit (au village )au numéro 270 .croix de saint andré ???

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