Abbaye de Balerne

Extrait de la carte IGN au 1/25000e

Sur la route de Chalon, à environ 5 km au sud-ouest de Champagnole, on traverse après Ney une plaine bordée au sud par le deuxième plateau entaillé de profondes reculées, dont une très pittoresque au fond de laquelle plusieurs résurgences s'écoulent : la reculée de Balerne, sur la commune de Mont-sur-Monnet. En forme de fer à cheval orienté sud-nord, le fond de la reculée s'étire sur 1250 mètres de long, pour une largeur moyenne de 750 mètres. Elle est dominée au sud par de hautes falaises calcaires et sa profondeur atteint 150 mètres.

 

Repères historiques

Sceau de Balerne au XVIe siècle (reconstitution)

C'est ici qu'au tout début du XIIe siècle des moines partis de Molesme (Bourgogne) en direction de Aulps (Haute-Savoie) décidèrent la fondation d'une abbaye. L'isolement du site, la géographie du terrain présentant une surface plane suffisante, la présence d'abondants petits cours d'eau, et la proximité d'un axe de communication important favorisèrent certainement ce choix.

Les historiens s'accordent sur 1107 comme année officielle de sa fondation. Tout d'abord bénédictine jusqu'en 1129, date à laquelle elle revendiqua son indépendance de l'ordre de Cluny alors très critiqué pour sa déviance de la règle originelle et fondatrice instaurée par Saint Benoit, elle rejoint finalement l'ordre cistercien en 1136 sous l'impulsion directe de Bernard de Clairvaux (futur Saint Bernard).

En 1131, elle participe à la construction de l'abbaye de Bonmont (canton de Vaud, Suisse) qui devient sa première fille. Elle fonde ensuite l'abbaye de Buillon (Chenecey, Doubs) en 1147.

L'abbatiale est terminée aux alentours de 1150.

Dès lors son développement et sa prospérité allèrent bon train car dès 1180 une communauté d'environ 150 moines et convers s'y était établi. Le domaine de l'abbaye compta très vite une douzaine de granges (dont Rubea Aqua, Ardon, Le Rotour, Loulle, Saffloz, Songeson, Lons-Le-Saunier, et Montorge), des granges-celliers à Salins, Cuiseaux, Glénon (aujourd'hui Vauxy).

A l'instar de la plupart des abbayes, le déclin s'amorça dans la seconde moitié du XIIIe siècle où un certain relâchement vis à vis de la règle se fit connaître. Le XIVe siècle et plus particulièrement les conséquences de la guerre de cent ans, accompagnées de conditions climatiques dégradées, de famine, et des épidémies de peste précipitèrent sa chute. En 1359, les routiers (compagnies d'anciens soldats reconvertis en bandes de brigands) pillèrent et brûlèrent une bonne partie de l'abbaye, qui fut abandonnée pendant une trentaine d'années. Les survivants trouvèrent refuge à l'abbaye de Mont Sainte Marie (Doubs).

La commende (mise sous tutelle de l'autorité royale et nomination des abbés par le Roi) est instaurée dès la fin du XVe siècle et de façon définitive en 1516.

Après sa reconstruction, l'abbaye retrouve une certaine prospérité au XVIe siècle qui fut un siècle de paix et de renouveau économique pour toute la région, jusqu'à la guerre déclenchée en 1595 par Henri IV contre son grand rival, Philippe II, alors  Roi d'Espagne et Comte de Bourgogne.

Au XVIIe siècle, la guerre de dix ans entre le royaume de France et la maison de Saxe-Weimar, va à nouveau affecter toute la région de façon dramatique. La population comtoise est décimée à hauteur de 50 à 80% et l'abbaye n'est pas épargnée.

En 1755, un incendie accidentel ravage la totalité de l'abbaye. Sa démolition est proclamée et seuls quelques bâtiments (grange et porterie) seront reconstruits avec les pierres des bâtiments ruinés.

A la révolution, les restes de l'abbaye et son contenu (qui ne comptait plus qu'un prieur et une poignée de moines) sont vendus aux enchères comme bien national et les bâtiments subsistants seront démantelés en 1791, ne laissant encore visibles aujourd'hui qu'un corps de bâtiment classique (daté de 1702) comprenant l'ancienne cuisine de l'ensemble claustral et une grange du XVIIIe siècle construite avec les débris des bâtiments abandonnés après l'incendie, juste au nord de l'ancien moulin.

Vue d'ensemble de la reculée depuis le plateau. Crédit photo : Colette Gaudillier
Reculée vue du flanc ouest. Bâtiment classique (début XVIIIe siècle) à l'emplacement de l'aile sud du carré claustral (anciennement la cuisine).

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Claude | Réponse 02.01.2016 18.56

Bonjour
Et quelle est la destination aujourd'hui de ce bâtiment seul trace de ce qui semblait si important à une époque ?
Merci pour votre travail

B. Sertier 02.01.2016 19.54

Bonjour,
En 1791 les murs furent vendus à A. Muller pour la construction des forges de Champagnole. Le seul bâtiment subsistant fut converti en résidence privée

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Commentaires

17.07 | 00:45

Merci ! Un décryptage difficile et toujours sujet à caution, mais des plus passionnants en confrontant terrain, relevés et description du XVIIe siècle.

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17.07 | 00:00

Encore une reconstitution passionnante, richement documentée et très étayée.
Vous facilitez la compréhension du site, peu lisible dans son état actuel...

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12.07 | 20:33

M. Rizzon, bravo ! Vous avez gagné toute mon estime renouvelée !

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01.06 | 23:26

C'est une possibilité... Nous le saurons bientôt !

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