Les sources et leur interprétation

Une représentation à l'époque moderne

Château-Villain probablement dessiné par Louis Boudau (vers 1700) d'après le traitement à rapprocher du dessin du château de Montfaucon (Doubs), réalisé pour le compte de François-Roger de Gaignières (1642- 1711). Lithographie exposée au château du Pin.

Elément plutôt rare en Franche-Comté, il existe une représentation en perspective cavalière du château avant sa ruine... vraisemblablement réalisée au tout début du XVIIIe siècle, alors que la plupart des aménagements médiévaux avaient été remaniés (tours, logis) ou démantelés (destruction du crénelage et diminution de la hauteur des anciens murs d'enceinte et courtines). Bien qu'imparfait, ce dessin s'avère d'une aide précieuse pour tenter une proposition de restitution tant les structures des parties anciennement habitées (corps de logis et tours attenantes) ont été arasées, les fondations étant enfouies sous des mètres d'éboulis noyés dans la végétation.

Il s'agit d'une vue du nord-est (sans doute depuis le secteur du rocher des Commères au dessus de Sirod) montrant le flanc Est du château et le côté nord du corps de logis. D'après le relevé planimétrique, on peut penser que cet ensemble central formait un "7" bordant l'Est et le nord de la haute cour. Les ouvertures représentant des fenêtres à meneaux, le balcon, et la tour clocher au centre sont bien sûr des aménagements de la renaissance ou de l'époque moderne. Le crénelage des courtines et du sommet des tours a disparu, comblé, démantelé ou remplacé par des ouvertures plus modernes. Les murs d'enceinte ont été visiblement partiellement démantelés et leur hauteur considérablement réduite. Dans notre proposition de restitution, le donjon et les murs d'enceinte ont été reconstitués dans leur élévation supposée d'origine, crénelés, la tour clocher sud supprimée (vraisemblablement bien postérieure au XIVe siècle), les ouvertures et superstructures représentées selon les usages du bas moyen-âge.

On reconnait en bas à gauche le chemin menant de Richebourg à Sirod et la chapelle qui le borde toujours, ainsi que le flanc nord boisé de la côte Poire représenté à gauche.

Tentative de décryptage

Une vue romantique du XIXe siècle

Détail d'une estampe par Armand de Fraguier. Vue sud-ouest. XIXe siècle. Bibliothèque en ligne de Besançon : http://memoirevive.besancon.fr/

Quelques années après le début de sa démolition au début du XIXe siècle, le comte Armand de Fraguier a réalisé une estampe très intéressante qui restitue en partie l'aspect du château avant sa ruine complète. Il semble s'agir d'une vue du sud-ouest, avec au premier plan à gauche la petite tour carrée flanquant l'angle sud-ouest de la basse cour, l'ancienne tour porte de la basse cour à sa droite (dont la représentation des ouvertures n'est pas cohérente avec celle de 1825 décrite plus bas), l'ancienne porterie de la haute cour au deuxième plan à gauche (tour la plus haute sur l'estampe), et au troisième plan à gauche la tour ronde (tour de Vienne ?) sur le flanc ouest de la haute cour. En revanche, les bâtiments intérieurs de la haute cour (donjon et logis) ne sont pas figurés ou avaient déjà été démolis et exploités pour la reconstruction des forges. Bien que présentant des anomalies, cette vue saisissante n'en reste pas moins riche d'indices sur la physionomie passée du château.

La tour porche de la basse-cour sud

Bibliothèque en ligne de Besançon : http://memoirevive.besancon.fr/

Cette lithographie par E.J.M. Hostein, datable des environs de 1825, représente une vue du sud depuis le fond du vallon bordant le flanc est de la crête, à quelques centaines de mètres en amont des pertes de l'Ain. On distingue en haut à gauche l'ancienne tour porte (aujourd'hui disparue) d'accès à la basse-cour sud du château. A l'arrière plan au centre on reconnait le secteur du rocher des commères.

Détail de la lithographie représentant la tour porche d'accès à la basse-cour sud.
Extrait du parcelaire de Bourg-de-Sirod, 1823. Détail du château. La tour porte d´accès à la basse cour sud est bien matérialisée, ainsi que l'ancienne porterie sud de la haute cour ("tour"). Carte orientée avec le nord vers la droite. Archives départementales du Jura.
Extrait du dictionnaire géographique, historique et statistique de A. Rousset - Tome 1 - 1853. Description du château.
Dessin du front d'entrée sud de la haute cour. Extrait de "Champagnole et ses environs" par F. Guillermet et B. Prost; 1879.

Bourg-dessous et Bourg-dessus

Tour porche à l'entrée sud du bourg dessus. A travers la porte, on aperçoit le mur de pignon d'une habitation (aujourd'hui disparue). Dessin extrait de "Champagnole et ses environs" par F. Guillermet et B. Prost publié en 1880.

Bourg-dessous correspondait à l'actuel village de Bourg-de-Sirod. Il était vraisemblablement constitué de fermes mais ne comprenait pas d'artisans (hormis quelques meuniers ou forgerons sur l'Ain?), bourgeois ou gentilhommes qui eux devaient résider au bourg dessus, ou Richebourg, sur la route antique qui menait à Sirod. Le Bourg-dessus s'étendait au sud du château depuis la tour porche barrant l'accès à mi-côte du flanc ouest de la crête, jusqu'à la chapelle en bordure de chemin sur le flanc Est. Le cadastre de 1823 (voir ci-dessous) matérialise bien l'emplacement des habitations (en rouge) des deux bourgs, ainsi qu'un ancien corps de logis (?) converti en grange au sud de la haute cour. Les dernières fermes ou granges du bourg dessus semblent avoir été progressivement abandonnées après le percement du tunnel à travers l'éperon au nord du château, permettant un accès beaucoup plus aisé et direct à Sirod. L'abandon complet et définitif du bourg dessus fut effectif dans les années 1940. Il n'en reste aujourd'hui que des ruines éparses noyées sous la végétation.

Extrait du cadastre napoléonien de 1823. Le château (sur la droite) était déjà démantelé. On distingue encore les quelques habitations subsistantes du bourg dessus. Archives départementales du Jura.

La haute cour vue du sud

Vues comparées de la haute-cour depuis le sud. En haut : Etat début XXe siècle; en bas : Etat actuel (février 2014)

Aujourd'hui encore, malgré la dégradation rapide des vestiges du château (on remarquera en comparant les clichés juxtaposés ci-contre que les murs ont perdu 4 à 5 mètres de hauteur en un peu plus d'un siècle), on distingue très nettement à gauche le comblement de l'ancienne porte d'accès de la basse-cour sud à la haute-cour à travers une tour porche, percé d'une archère droite, et une tour ronde de flanquement à l'est (à droite sur le dessin). Un mur juste en avant de cet ensemble pourrait être postérieur aux plans d'origine car sans rôle défensif évident, perturbant l'accès principal, à moins qu'il ne se soit agit que d'un simple mur de soutènement de hauteur modeste. Aucune trace de rainures de basculement des flèches de pont-levis n'apparaissant dans la maçonnerie au dessus de la première porte, il est peu probable qu'il ait constitué une contre-escarpe de fossé, à moins qu'un pont à bascule (à l'instar de Chaux-des-Crotenay) ait existé, ce que des fouilles pour dégager les structures enfouies sous les éboulis permettraient de confirmer ou infirmer. Dans notre proposition, nous avons supposé que le démantelèment du mur d´enceinte ouest au pied de la tour porche a provoqué le glissement d´une rampe carossable permettant l´accès initial, et qu'un hypothétique fossé a été comblé à l'occasion des multiples remaniements. Après condamnation de cette porte (à partir de 1332), l'accès vers la haute cour semble avoir été déporté à l'est de la tour ronde de flanquement sud-est (à droite sur les images ci-contre), par le sentier qu'on emprunte encore de nos jours.

Le relevé planimétrique du site

Relevé planimétrique du site de Château-Villain. del.: C.N.R.S. / U.M.R. 7044, S. Guyot, 2006.

Ce relevé réalisé par Stéphane Guyot (archéologue) en 2006 dresse un état des lieux des ruines du château et permet de distinguer trois grandes parties :

- La cour sud (basse cour) munie de deux tours carrées (citées par Rousset) flanquant les extrémités sud de l'enceinte qui se prolonge vers le nord jusqu'à la haute cour, avec un accès protégé entre deux murs sur une trentaine de mètres, le long du flanc Est.  Le mur qui borde ce couloir par l'ouest semble avoir eu un rôle de soutènement de la basse cour et des aménagements et constructions civils qu'elle devait comporter (hébergement des retrahants, granges, abris du bétail, potager...)

- La haute cour, protégée au sud par la tour porche et la tour ronde, à l'est et à l'ouest par le prolongement de l'enceinte (courtines ?) contruite au droit des rebords de l'éperon rocheux, flanquée à l'ouest par une tour semi-circulaire (tour de Vienne ?). C'est dans cette cour que se trouvaient le corps de logis et les tours principales du château tels qu'on peut les voir sur la représentation du XVIIIe siècle. On peut reconnaitre et extrapoler d'après l'aspect des reliefs du sol figurés à l'intérieur de cette cour sur le plan planimétrique le profil approximatif des bâtiments disparus, formant un " 7 ". Une très grande citerne maçonnée dans le sol, toujours existante, doit correspondre à la bordure ouest du corps de logis Est (grande barre du "7"). Sur le flanc ouest, un étroit chemin de pente modérée conduit de la haute cour jusqu'à l'extrémité nord du château, à partir de ce qui semble avoir été un ressaut à l'angle nord-ouest de la haute cour, et sous lequel nous avons supposé l'existence d'une porterne.

- Une deuxième "basse-cour" au nord, également bordée de murs d'enceinte à l'est et à l'ouest dans le prolongement de la haute cour, est fermée au nord par un épais rempart ajouré de 9 fentes de tirs à double ébrasement et d'une porte cochère à arc en plein cintre, semblant correspondre à la limite nord des fortifications. Cette porte donne accès à un chemin longeant la ligne de crête à travers les bois jusqu'au village de Lent.

- Un peu au nord et à l'extérieur de l'enceinte du château, apparaissent les fondations de ce qui pourrait avoir été un moulin à chandelier (mur circulaire de faible épaisseur muni contre la paroi intérieure d'emplacements de poutraison, ayant pu correspondre aux encastrements du pivot de ce type de moulin orientable). Il est fort peu probable qu'il ait déjà existé à la période médiévale, les quelques moulins à vent recensés dans le Comté de Bourgogne étant tous du XVIe siècle ou postérieurs (exception faite de celui de Champvans en plaine doloise, daté de 1302).

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Jean-Pierre GENEVOIS | Réponse 16.08.2016 18.05

Résidant aux Chauffaux au depuis plus de 40 ans l'été, la promenade vers les ruines nous est familière. Merci pour ces informations superbement présentées

B. SERTIER 21.08.2016 15.04

Bonjour et merci pour votre commentaire! De nouvelles mises à jour sont en cours...

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Commentaires

04.07 | 00:13

Merci pour la découverte d'endroits de Arlay que le touriste ordinaire ne peut découvrir seul !

...
04.06 | 22:20

Ils sont contemporains ou presque mais leurs commenditaires n'étaient plus les mêmes, car si l'une était encore une abbatiale, l'autre était devenue paroissiale

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04.06 | 22:15

Bonjour, merci pour votre appréciation. Je crois que quand la passion vous accompagne, on n'est jamais seul, car on croise toujours des alliés!

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03.06 | 19:40

Le clocher Beaume ?

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