Château de la Chaux-des-Crotenay

Les origines

A 11 km au sud sud-est de Champagnole, à la toute fin du XIIe siècle, Simon II de Commercy, non content de déjà posséder les fiefs de Mont Rivel et Château Villain, entreprit la construction d'une forteresse pour protéger un axe stratégique de la route du sel entre Salins et la Suisse. C'est à proximité du village de la Chaux-des-Crotenay qu'il arrêta son choix, au sommet d'une colline à 800 m d'altitude, dominant les vallées de la Saine (à l'est) et de la Lemme (à l'ouest), au sud du plateau de Cornu. Sur la base d'une église plus ancienne qui appartenait à l'abbaye de St Claude, déjà citée en 855 (à "Protonacum") dans un diplôme de Lothaire 1er, il aménagea à la même époque au pied du château, environ 60 m plus bas, une chapelle castrale devenue aujourd'hui église paroissiale.

Le plateau de Cornu était occupé dès une époque très reculée et recèle une quantité considérable de vestiges protohistoriques (murs cyclopéens en particulier) qui on fait l'objet de nombreux ouvrages (dont bien sûr la célèbre thèse d'André Berthier sur une possible localisation d'Alesia, très controversée depuis des décennies). A proximité du château, et plus précisément au pied du flanc sud de la colline sur laquelle il est établi, d'autres vestiges préhistoriques et protohistoriques ont été découverts dans un secteur baptisé "champ des mottes", sorte de plateforme très allongée séparant deux zones marécageuses, qui a fait l'objet de sondages dans les années 80 menés par A. Berthier : murs en pierres sèches, tumuli... Mais rien ne permet de conclure que ces structures avaient conservé un rôle à l'époque médiévale. Une synthèse des rapports sur ces sondages a été mise en ligne par Jean Michel, membre d'ArchéoJuraSites: http://bit.ly/1FBWP3F

L'essor du fief

Détail d'une carte (ou d'une copie ultérieure d'après la graphie des annotations) décrivant la seigneurie de Chaux au XVIe siècle.

En 1240, Gaucher, petit fils de Simon II, sur demande de son suzerain Jean de Chalon 1er, comte de Bourgogne, fit serment de ne pas construire de nouvelles forteresses sur ses terres. La lignée jurassienne des Commercy s'éteignit à la fin du XIIIe siècle avec Gaucher III, sans héritier mâle . L'une de ses filles, Marguerite, transmit par mariage la baronnie à un seigneur d'Arbon. Le XIVe siècle fut une période noire pour la région, voyant tour à tour la peste décimer jusqu'à 90% de la population locale et les "grandes compagnies" revenues de la guerre contre les anglais, pillant et rençonnant sans vergogne la campagne environnante. 

A son tour cette lignée s'éteignit vers 1430, et la veuve du dernier d'Arbon épousa un noble originaire de Salins, Jean II de Poupet. La renommée de cette famille dépassa largement les frontières de la Comté, car l'un de ses fils, Jean III, de prévôt du chapitre de Saint-Anatoile à Salins devint évêque de Chalon-sur-Saône en 1460. Son frère, Guillaume, fut nommé conseiller du duc de Bourgogne Philippe le Bon en 1447 puis receveur des finances. Il prit en 1461 le titre de maître d'hôtel du duc Charles le Téméraire. Louis XI, lors de sa guerre contre les duc et comte de Bourgogne épargna le château de la Chaux, à la différence de la plupart des forteresses de la région, peut-être en raison des jours passés au château lorsqu'il était encore dauphin. C'est au cours et à la fin de ce XVe siècle et au début du XVIe, à l'instar de Nozeroy, que les premiers gros remaniements intervinrent à l'aube de la Renaissance : Nouveaux corps de logis construits contre les remparts de la haute cour, ajourés de fenêtres à meneaux et couverts de toiture en tuiles, partiellement vernissées. Des éléments de décoration retrouvés dans les fossés nous sont parvenus, dont une console représentant Bacchus. Les premières marches d'un escalier à vis de belle facture sont repérables à l'angle est de la cour intérieure du château, inscrites dans une tour hexagonale très typique des aménagements du XVe siècle en Comté et Duché de Bourgogne. Le château au XVe siècle était également connu pour abriter une riche bibliothèque, qui servit à Olivier de la Marche (écuyer de Philippe le Beau, duc de Bourgogne et père de Charles-Quint) à l'écriture de ses Mémoires. Il semble qu'elle ait tristement terminé sa carrière au cours d'un hiver de la guerre de 10 ans (au XVIIe siècle) comme combustible de chauffage de la garnison et de son capitaine...

C'est également à la fin du XVe siècle que l'église fut remaniée et agrandie. La nef et les collatéraux furent voûtés avec croisées d'ogives. Un chevet gothique muni de trois hautes baies fut aménagé, et quatre petites baies en ogive furent percées de part et d'autre du portique et sur les collatéraux. Dédiée à l'origine à Sainte Marguerite (tout comme la chapelle castrale du château de Mont Rivel) puis à Saint André, elle abrite encore aujourd'hui de magnifiques statues toutes classées du XVe et XVIe siècle, dont trois très remarquables : Saint Paul, Sainte Marguerite terrassant un dragon en bois polychromé, et une très belle Vierge à l'Enfant en albâtre. 

Les dernières années de la châtellenie

Un des derniers Poupet, Guillaume, ne fut pas des moindres car il était abbé de Baume-les-Messieurs, Balerne et Goailles, et prieur de Saint Désiré  à Lons-le-Saunier. Il mourut sans descendance en 1583. Son cousin et successeur, Louis de la Baume devint le nouvel héritier de la seigneurie. Après un siècle de paix et de grand essor économique, la Comté allait à nouveau être accablée de calamités... La peste fit son retour en 1629 jusqu'en 1635. Puis vint à nouveau la guerre, menée par Louis XIII, Richelieu, et ses alliés suédois qui attaquèrent la Comté en 1636. La résistance fut farouche mais nombre de villes tombèrent et le château de la Chaux fut pris le 21 avril 1639, un jour après Château-Villain. Le château fut repris par les Comtois le 14 mai 1639 sous les ordres du baron d'Arnans. La paix fut rétablie en 1648 par le traité de Munster qui assura la neutralité de la Franche-Comté. Vingt ans de tranquilité où la région put reconstruire ses villes et villages, et où la population repeupla lentement les campagnes décimées par la peste et la guerre. Une nouvelle guerre contre l'Espagne, déclarée en 1674 par Louis XIV, allait voir de nouveau les armées françaises déferler sur la Comté. Après quelques jours de résistance, la plupart des villes tombèrent, et six mois plus tard la résistance céda et ce fut la fin de l'indépendance comtoise. Comme presque toutes les places fortes ayant survécu aux conflits sous Louis XI et Louis XIII, le château fut démantelé, les tours et les murs jetés dans les fossés. L'occupation de la région par les troupes françaises se poursuivi jusqu'en 1678, année de signature du traité de Nimègue rattachant définitivement la Comté au royaume de France. Quant à l'église, son clocher d'origine vraisemblablement construit au dessus du choeur fut démoli et remplacé par un nouveau à l'impériale sur l'emplacement de l'ancien portique roman.

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Commentaires

17.07 | 00:45

Merci ! Un décryptage difficile et toujours sujet à caution, mais des plus passionnants en confrontant terrain, relevés et description du XVIIe siècle.

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17.07 | 00:00

Encore une reconstitution passionnante, richement documentée et très étayée.
Vous facilitez la compréhension du site, peu lisible dans son état actuel...

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12.07 | 20:33

M. Rizzon, bravo ! Vous avez gagné toute mon estime renouvelée !

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01.06 | 23:26

C'est une possibilité... Nous le saurons bientôt !

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