Les sources

Une carte anonyme du XVIe siècle

Une carte des terres de la baronnie de Chaux-des-Crotenay, datée par René Chambelland du XVIe siècle, figure en son centre un croquis du château et de sa chapelle castrale tels qu'il pouvaient encore se présenter à la toute fin du moyen âge, après les remaniements de la chapelle au XVe siècle. Il se pourrait néanmoins d'après la graphie du texte qui ne relève en rien du XVIe siècle qu´il s´agisse d´une copie postérieure (peut-être du XVIIe voire XVIIIe siècle) sur la base d'un original plus ancien.

Le côté nord de l'église, représentée à gauche, diffère sensiblement de son aspect actuel (le clocher porche moderne remonte au XVIIIe siècle). Un clocher central muni d'un toit très pointu qui évoque celui de l'église Saint Anatoile à Salins. Un portique de faible hauteur à toit monopan s'appuie contre le portail. 

Le château quant à lui est figuré en deux parties distinctes : La partie haute (haute cour) flanquée de quatre tours rondes d'élévations variables encadrant un haut donjon rectangulaire identifiable à ses deux épis aux extrémités du fait de toit, trahissant un toit à croupes et donc une base rectangulaire; la basse cour au pied du château, munie d'une porte accolée à un casernement. La vue de la haute cour semble être celle du nord-est, mais la basse cour représentée suivant le même axe s'orientait différemment, vers le nord-ouest.

Les fouilles du château...

Piles du pont dormant traversant le fossé nord-ouest d'accès à la haute cour.

Les travaux réalisés ces dernières années pour dégager les structures du château ont pu être menés à bien par une équipe de membres bénévoles de l’association ArchéoJuraSites dirigée par l’archéologue Stéphane Guyot et animée par Thierry Pasteur. Le Conseil général du Jura a apporté une aide financière pour l’acquisition de matériels, ArchéoJuraSites ayant pris à sa charge les coûts de l’archéologue. 

Ce travail considérable à la fois sur le terrain et dans l'analyse des documents d'archives a conduit à plusieurs compte-rendus et une première proposition de restitution du château :

Une synthèse des fouilles a été publiée au printemps 2016 dans les cahiers d'ArchéoJuraSites N°2 : http://www.bit.ly/29RKxQy

 

Le relevé interprété

Plan réalisé par ArcheoJuraSites en collaboration avec S. Guyot. Annotations en rouge et bleu : Jura-3d.fr

La partie la plus élevée du site se présente sous forme d'une haute cour presque carrée d'environ 40 m de côté, bordée au nord-est par une falaise infranchissable. Les trois autres côtés non protégés naturellement ont été pourvus de fossés creusés dans le roc, larges de 15 à 30 m, et profonds de 8 à 9 m. L'enceinte de la haute cour est flanquée aux angles par trois tours rondes, dont une sensiblement plus grosse à l'angle sud (donjon primitif ?). Un passage par pont à bascule (révélé en 2015) traversait le fossé Nord-Ouest. Les piles du pont dormant ont été dégagées en 2013 et 2014 par déblaiement du fossé. Elles présentent une singularité car elles décrivent une courbe. Une courbure pouvait avoir un rôle défensif en limitant la longueur d'un éventuel bélier et surtout en ralentissant la course des assaillants, diminuant ainsi grandement son efficacité par une moindre énergie cinétique. Le mur de soutènement sous l'ancienne porte d'entrée de la haute cour présente de curieuses structures prismatiques en ressaut disposées symétriquement par rapport à l'axe de la porte d'entrée (dans le prolongement des piles). Hormis la fonction esthétique de ces structures en pierres bien équarries, on peut penser qu'elles se prolongeaient et supportaient la base d'échauguettes en encorbellement, tel que supposé par les relevés et reconstitutions de l'équipe d'Archéojurasites en 2015. Des pierres taillées courbes retrouvées dans le fossé semble confirmer la présence de ces tourelles de défense, ainsi que des corbeaux attestant l'existence de mâchicoulis ou d'une bretêche. Cette entrée semble avoir été condamnée sans doute à une époque tardive par la présence d'un mur de remplage entre les prismes en ressaut (sans chainage) et par le comblement local du fossé pour permettre un passage déporté à 20 m au SO du pont dormant.

Un bâtiment rectangulaire très partiellement relevé s´épaulant contre la courtine Sud-Ouest de la haute cour pourrait correspondre aux fondations du donjon figuré sur la carte du XVIe siècle.

Le site présente par ailleurs une miriade de tessons de tuiles, dont certaines vernissées (relevées de vert, d'oranger, et de noir) remontant sans doute au XVe ou XVIe siècle au moment de l'aménagement Renaissance du château par les sires de Poupet. Le passage des couvertures de bardeaux de sapin en tuiles était aussi conditionné par le souci de réduire autant que possible les incendies et leur propagation. La lauze était une alternative mais présentait le défaut majeur d´être très pesante, fragilisant tant les charpentes que les murs porteurs, et était relativement sensible au gel, très fréquent à cette altitude.

Un escalier à vis borde l'angle Est de la cour intérieure, et quelques pans de murs l'entourant trahissent une forme hexagonale typique des tours d'escalier aménagées un peu partout dans les habitations de la noblesse de Bourgogne et de Franche Comté au XVe siècle. Une quatrième tour ronde déportée barre en partie le fossé Nord-Ouest, reliée à la haute cour par une courtine.

Dans le prolongement et face à l'entrée de la haute cour s'étale la "basse cour" (place d'arme) suivant un axe SE-NO. Elle est bordée par deux longues murailles (de 60 m au NE et 144 m au SO) et sa largeur est de l'ordre de 57 m. Des tours rondes flanquaient son enceinte aux angles Ouest et Sud. En légère descente en direction du NO, elle se termine par plusieurs bâtiments (casernement). Un chemin pavé d'une trentaine de mètres, à l'extérieur de la basse cour, conduisait jusqu'à la sortie du château (par une tour porche ?)

Enfin, accolé à l'enceinte SO de la basse cour, un troisième espace clos de murailles terminait l'emprise du château. On suppose qu'il contenait la lice.

 

Le bourg-dessus

Extrait de carte d'état major du début XIXe siècle visualisant le site du château et les vestiges du bourg-dessus.

Le bourg-dessus était implanté sur le flanc sud-ouest de la colline, la pente étant plus douce. Quelques fondations noyées dans les haies en sont les seuls vestiges qui n'attendent que d'être dégagées pour un éventuel relevé...

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Commentaires

17.07 | 00:45

Merci ! Un décryptage difficile et toujours sujet à caution, mais des plus passionnants en confrontant terrain, relevés et description du XVIIe siècle.

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17.07 | 00:00

Encore une reconstitution passionnante, richement documentée et très étayée.
Vous facilitez la compréhension du site, peu lisible dans son état actuel...

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12.07 | 20:33

M. Rizzon, bravo ! Vous avez gagné toute mon estime renouvelée !

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01.06 | 23:26

C'est une possibilité... Nous le saurons bientôt !

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