Prieuré Saint Vincent de la Motte

Un ilot pour un monastère

Le lac de la Motte, ou d'Ilay, abrite un ilot sur lequel fut construit à partir de la fin du IXe siècle (époque carolingienne) un premier petit monastère. Sur la commune de Chaux-du-Dombief, le lac situé à 773 m d´altitude est dominé à l'est par les falaises du troisième plateau.

L'ilot, d'une surface de 0.6 ha (141 mètres de long pour une largeur maximale de 58 mètres), distant d'une soixantaine de mètres de la berge orientale, domine la surface du lac d'environ 4 mètres. D'après Rousset, un accès piéton fut peut-être aménagé à l'origine par une chaussée pavée (aujourd'hui engloutie) puis, comme l'ont révélé les fouilles menées de 1990 à 1995, par un pont en bois sur pilotis.

La fondation carolingienne

Une occupation lacustre primitive préhistorique puis á l'âge du bronze est attestée, mais le prieuré de l'ère chrétienne ne montre pas de traces antérieures au IXe siècle révélées par quelques vestiges de fondations, et surtout par deux tombes dont la datation au carbone 14 de la plus ancienne la fait remonter aux environs de l'an 883. D'après les relevés d'archéologues, cette première église fut détruite par incendie au début du XIe siècle. Ce premier édifice s'inscrivait dans un rectangle d'approximativement 11 m x 8.5 m. 

La reconstruction du XIe siècle

Chevet roman de l'église de Saint-Hymetière (Jura) en 1960 avant restauration et suppression de la baie gothique centrale. Crédit photo: Ministère de la culture et de la communication, Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, dist. RMN-GP.

Après cet incendie intervenu aux alentours de l'an mil, une phase de reconstruction et d'agrandissement probablement soutenue par l'archevêque Hugues de Salins aboutit aux prémices de l'église prieurale de type roman bourguignon telle que révèlée par les fouilles des années 90. De cette époque date le chevet roman de l'église : une abside munie de deux absidioles en cul de four, à rapprocher de Saint Lothain, Saint Hymetière, Saint Désiré (Lons-le-Saunier), Baume-les-Messieurs, Saint Lupicin, Lieu-Dieu (Abbans-dessous; Doubs), toutes construites suivant le même modèle au cours du XIe siècle.

Le regroupement des moines au XIIe siècle

Relevé des fouilles de l'église en 1995. J-L. Mordefroid.

Le plan d'expansion maximale de l'église intervient à partir de la deuxième moitié du XIIe siècle où le petit monastère, à l'origine sans doute bénédictin et dépendant de Saint-Oyend (Saint-Claude), voit ses biens passer sous le contrôle mutuel des abbayes de Bonlieu (chartreux) à quelques km au sud, et Balerne (cisterciens) à une quinzaine de km au nord, comme relaté par les démembrements datés de 1176 et 1204.

Cette perte d'autonomie entraine un regroupement des biens (terres et granges dépendantes) et personnes  amenant à un doublement de la surface d'occupation. Le prieuré passe alors sous le giron de Gigny. L'église est agrandie par une nef en avant corps munie de deux collatéraux, amenant sa surface totale à un rectangle d'environ 18.5 x 12 m. D'autres bâtiments et un mur d'enclos sont construits : le premier accolé à l'aile sud-est de l'église (probablement la sacristie, le logement agrandi du prieur et des moines regroupés), un autre à l'angle ouest (hébergement des visiteurs ?) et un troisième peut_être pour quelque bétail au sud-ouest (dont une possible soue à cochons à double accès).

La dernière occupation

Le prieuré vers 1500. Restitution par N. Garnier.

Au XIVe siècle, temps troublés par la peste, les routiers de la guerre de cent ans, et les prémices du relâchement spirituel de tous les ordres monastiques, le prieuré est vraisemblablement à nouveau partiellement détruit. Il demeure toutefois occupé mais l'emprise de l'église se retrouve considérablement réduite et son aspect redevient sans doute très rustique. Un four à pain, construit dans la deuxième moitié du XIVe siècle d'après la datation des pièces de monnaie retrouvées in situ, semble indiquer un afflux de population hébergée sur l'ilot. Il est possible que l'isolement du site ait constitué une solution de mise en quarantaine (ou au contraire un refuge ?) suscitée par l'épidémie de peste qui sévissait entre 1349 et 1362. Durant cette période, le prieuré relève de Gigny (devenu lui-même prieuré dépendant de Cluny depuis 1095). L'ilot est finalement abandonné au XVIe siècle, et le prieuré transféré à l'extrémité sud du lac, dans le hameau d'Ilay.

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123siteweb.fr
Caractères restants : 160
OK Envoi...

François RIZZON | Réponse 12.03.2017 06.52

Bravo pour cette nouvelle reconstitution d'un site fort peu commun et assez méconnu du grande public !

B.Sertier 12.03.2017 14.33

Merci. Ce prieuré est un exemple assez frappant des héritages monastiques qui suivirent une implantation érémitique probable compte tenu de l'isolement du site.

Voir tous les commentaires

Commentaires

17.07 | 00:45

Merci ! Un décryptage difficile et toujours sujet à caution, mais des plus passionnants en confrontant terrain, relevés et description du XVIIe siècle.

...
17.07 | 00:00

Encore une reconstitution passionnante, richement documentée et très étayée.
Vous facilitez la compréhension du site, peu lisible dans son état actuel...

...
12.07 | 20:33

M. Rizzon, bravo ! Vous avez gagné toute mon estime renouvelée !

...
01.06 | 23:26

C'est une possibilité... Nous le saurons bientôt !

...
Vous aimez cette page