Les sources

Mouthier-le-Vieillard, premier bourg de Poligny

Plan restitué de l'église au XIIe siècle. A. Barbe d'après un plan de G. Nicot.

Il s'agissait d'un prieuré d'origine carolingienne (cité pour la première fois en 915) autour duquel une première bourgade s'établit. Les bâtiments du prieuré furent démolis au cours de la première moitié du XVe siècle. Son église, dont il ne reste pas de traces lisibles antérieures au XIIe siècle, fut apparemment en grande partie détruite en 1638, et en 1673. Des vestiges de la nef du XIe siècle subsistaient encore en 1839 puisque son emprise complète figure encore sur le cadastre de cette époque. Elle fut reléguée à un rôle secondaire à partir du milieu du XVe siècle, à l'achèvement de la collégiale et nouvelle église paroissiale de Saint Hippolyte. Cette église, bien qu'amputée de sa nef et collatéraux, demeure un petit joyau d'architecture romane et abrite une belle statuaire du XIIIe au XVIe siècle.

Le dessin de Claude Luc de 1552

Poligny est l'une des rares cités comtoises à avoir fait l'objet d'une représentation graphique antérieure au XVIIe siècle grâce à l'ouvrage de Gilbert Cousin sur la description du Comté de Bourgogne au milieu du XVIe siècle. A cette époque, la cité avait gardé l'essentiel de sa physionomie médiévale. Bien qu'imprécis, ce dessin s'avère d'un précieux secours pour tenter une interprétation plus étayée des diverses descriptions et informations (travaux, aménagements, et réparations) collectables dans les textes antérieurs des XIIIe, XIVe, et XVe siècles. Il fut réalisé depuis la croix de pierre (à 1 km environ à l'ouest du bourg) et permet de comprendre l'articulation de la ville et de son château à la sortie du Moyen Age, avant les destructions du XVIIe siècle et les grands remaniements du XVIIIe siècle. Le mur d'enceinte ouest et ses tours en fer à cheval, en jaune au premier plan de la ville, datant des années 1458-1460 furent détruits sur ordre de Louis XIV au XVIIe siècle. 

Voici ce qu'on peut interpréter sans trop de réserves :

Surlignage vert : Eléments subsistants

Surlignale jaune : Eléments disparus ou très remaniés 

  • 1 : tour de Paradvis
  • 2 : tour du Trésor (partie de l'hôlel de Clairvaux) ou tour des Jacobins (?)
  • 3 : porte de Crespin ou de l'Horloge flanquée de deux tours rondes (seule celle de gauche subsiste)
  • 4 : tour de Lure (intégrée au couvent des Ursulines mais encore bien identifiable)
  • 5 : tour de l'Horloge (disparue)
  • 6 : clocher de l'abbatiale des Frères Prêcheurs (détruite peu après la révolution)
  • 7 : église abbatiale des Frêres Prêcheurs (église des Jacobins)
  • 8 : tour des Echevins faisant partie de l'Aule (attenante et intégrée à la Mairie)
  • 9 : tourelle d'hôtel (mais lequel ?)
  • 10 : chapelle des Clarisses
  • 11 : hôpital du Saint-Esprit
  • 12 : chapelle du Saint-Esprit
  • 13 : nef et clocher de la collégiale Saint-Hippolyte
  • 14 : tour Saint Laurent
  • 15 : rempart nord joignant le bourg à Grimont
  • 16 : porte de Flageolet
  • 17 : tour des archives (donjon) du château de Grimont
  • 18 : partie basse de l'enclos du jardin du château , sous la haute-cour
  • 19 : porte (ou poterne) joignant directement le château au bourg (1ère porte citée dans le terrier de 1456)
  • 20 : petite tour carrée (tour de guet) flanquant la porte #19
  • 21 : Croix de Pierre, dont seuls les premiers degrés remontent au XIIIe siècle

Description du château de Grimont dans le terrier de 1456

Carte postale de Grimont aux alentours de 1930. La colline est encore en grande partie en vignes et l'on distingue bien la rampe d'accès maçonnée conduisant à la porte principale et au rempart sud-est de la basse cour. Vue de l'est depuis la route moderne de Chamole.

Un terrier rédigé entre 1456 et 1464 sur ordre du duc Philippe le Bon décrit l'organisation du château de Grimont et de la ville. 

Ci-dessous un extrait spécifique à Grimont :

"Mondit seigneur a sa place et chastel assis dessus la ville dudit Poligny, une haulte roiche, ainsi que l'on va dudit Poligny tirant devers le Nozeroy et Vers, qui est belle place grande et spacieuse. Et joignant les murs de la ville dudit Poligny es murailles dudit chastel.

Item, a l'entrée de la premiere porte dudit chastel, y a petite tour quarree a façon terrasse sans point de comble (1).

Item, a la seconde porte et entrée dudit chastel a une porte qui est belle et bonne (2) et apres ce que l'on est entré en icelle seconde porte a une longue place vuide (vide), au long de la muraille des sales et pavillons dudit chastel (3). Et par devers nostre Dame de Vaulx et regardant dez ledit chastel illeques a, en la cloison dicellui chastel, unes tres belles et grandes estableries bien mises à point regardans devers nostre Dame de Vaulx (4).

Item, en alant et montant dez ladicte place au chastel dudit Poligny, a une belle et notable porte en eschauffault (hourds ou bretêche) dessus (5) et y a grant quantité de marchez (marches) de degrez grans et spacieulx (6) pour monter esdits (vers les) chastel et dongeon.

Item, a l'entree dicellui chastel a une petite potelle (poterne) qui part de la cloison dudit chastel en ung petit jardin cloux (clos) de murs, joignant a icellui chastel, regardant devers la ville dudit Poligny et par icelle l'on va depied audit Poligny entre les murs de ladicte ville (7).

Item, entre lesdits dongeon et separacion du chastel (8) a ung grant corps de maison et a vuit (vide) entre deux. Et du costé devers nostre Dame de Vaulx est ung bel et grant pavillon qui par ci devant souloit estre bien chambrilley (recouvert de bois), paint et mis a point, lequel est au bout dudit corps de maison qui chiet (s'écroule) et vient en ruyne par deffault de maintenir.

Item, par ledit pavillon, l'on entre en une belle sale mise à point de nouvel, tant de sommers (sommiers) tous neufz que de couverture.

Item, au bout de la dadicte sale a une belle chambre garnie de garderobe (placards) et de retraiz (commodités) ou se tiennent les capitaines dudit chastel qui est bien en point. Et laquelle mote et roiche dudit chastel et le pourpris (l'emprise) dicellui se nomme de toute ancienneté Grimont.

Item, dessoubs icelle sale a une chappelle et au bout une estable et pryson dedens icelle. Et parmi ladicte estable a une fontaine venant par corps (tuyaux de bois) qui sert audit chastel (9).

Item, en icellui lieu et chastel a une belle et grande citerne a garder eaue.

Item, entre le dongeon et lesdits sales et pavillon a une fontaine en laquelle par cors souloit avoir eaue reposant, laquelle a present l'on reffait et mect l'on en reparacion et a ung chappot dessus (10).

Item, entre l'entre deux desdits sale et dongeon a vuit (vide). Et a une montee de pierre et de bois ou l'on monte audit dongeon (11). Et a l'entree dicellui a une belle eschiffe (échauguette) ou l'on regarde dez icelle tour le corps de la ville et feurbourgs de Poligny et dez ladite eschiffe l'on va audit dongeon (12). A l'entree d'icellui a une chambre ou se tient le portier. Et lequel dongeon est pres (presque) tout rond (13) et regarde devers ledit Poligny et Aulmont et Tourmont. Et entre deux dedens icellui dongeon a une petite torelle de pierre qui est quarree ou l'on fait prison (14). Et en icellui dongeon sont les lettres, chartres et tresor de mondit seigneur de son conté de Bourgogne dont est garde de present maistre Guy de Martigny, licencié en loys et en decret. Et lequel dongeon est bien en point maisonné de bonne façon. Et en la bassecourt dudit chastel decosté lesdictes estables a ung puis a roiche a tirer eaue."

Ce terrier du château, dont l'auteur s'est visiblement efforcé à être relativement exhaustif, se rapproche plus de l'inventaire un peu anarchique que de la description ordonnée et présente beaucoup d'ambiguités et risques de confusions quant à l'ordonancement et l'emplacement précis des différents bâtiments du château. Il semble par exemple que la distinction entre haute-cour et donjon ne soit pas toujours franchement tranchée, le terme donjon pouvant aussi bien se rapporter à l'ensemble sommital (haute-cour) qu'à la tour maîtresse proprement dite (tour des archives du Comté de Bourgogne). 

Compte tenu du peu de vestiges encore émergents, et en l'absence de fouilles, il ne peut être question que d'interprétation et hypothèses pour beaucoup des éléments décrits, en particulier ceux de la haute-cour.

Voici donc ce qu'on peut interpréter de cette description en confrontant le texte, le dessin du XVIe siècle, et les vestiges de structures in situ :

  1. Porte d'entrée ouest et sa tourelle carrée communiquant directement intra-muros avec Poligny. Des vestiges de cette petite tour (assise sur un rocher) et du pied-droit de sa porte sont encore bien lisibles.
  2. Porte d'entrée principale dans la basse-cour du château au sud, depuis la rampe maçonnée encore bien lisible.
  3. Une restanque orientée Est-ouest longue d'environ 50 m et large d'une dizaine de mètres sépare deux murailles parallèles au sud-ouest : il pourrait s'agir des lices.
  4. Ces bâtiments de la basse-cour n'ont pas été localisés formellement, bien que quelques substructures et anomalies du terrain puisse en trahir l'emplacement supposé.
  5. Il pourrait s'agir d'une deuxième porte, une fois les lices traversées, correspondant à la limite de la deuxième enceinte : l'entrée de la basse-cour proprement dite.
  6. Les anomalies du terrain repérables à partir des relevés Lidar IGN suggèrent le possible tracé de cette allée de marches entre porte de la basse-cour et porte de la haute-cour.
  7. Plusieurs escaliers sont encore bien matérialisés sur le site. Au nord-ouest (à l'aplomb du bourg de Poligny), au pied d'un mur d'enceinte en contre-bas du rocher sommital, quelques marches débouchent dans le coteau au dessus de la route de Chamole.
  8. Il s'agit ici vraisemblablement de la haute-cour.
  9. Quelques historiens considèrent que ces tuyaux collectaient l'eau depuis une résurgence située à proximité du haut de la montée vers Chamole (sur le rebord du plateau). Compte tenu de la configuration du terrain et de l'isolement de la butte par un profond fossé (au nord-est), cette hypothèse nous semble peu probable. Il pouvait aussi bien s'agir de tuyaux collectant les eaux de ruissellement au bord des toitures, ou de canalisations depuis une citerne aménagée au sommet du rocher.
  10. Il existe toujours dans la basse-cour (au sud-ouest) une maçonnerie appuyée contre le rocher qui pourrait correspondre à cette description.
  11. Accès terminal à la tour maîtresse avec porte surélevée.
  12. Accès par porterie déportée de la maçonnerie du donjon.
  13. Probable méplat du donjon côté cour, donc orienté sud-ouest.
  14. Probablement la tour carrée siutée en bordure sud-ouest de la haute-cour d'après le dessin de Claude Luc.
Détail du dessin de Claude Luc visualisant le château de Grimont.

Le plan du monastère des Jacobins de 1795

Plan du couvent des Jacobins en 1795. Archives départementales du Jura.

Pendant la Révolution, les bâtiments des Frères Prêcheurs sont réquisitionnés et vendus. Un plan levé en 1795 figure encore la plupart des bâtiments, bien que déjà endommagés par les incendies de 1501 et 1638, dont le cloître aujourd'hui disparu depuis les travaux de 1935. A partir de la construction de la tour des Jacobins en 1415, le rempart méridional du bourg initialement dans le prolongement de l'aile sud du cloître, est déplacé une trentaine de mètres plus au sud. Bien que le monastère soit désaffecté, ce plan visualise l'emprise des jardins et vergers aménagés par les moines, disposés en terrasses au sud-est jusqu'à la tour de Paradvis. 

Le monastère des Soeurs Clarisses

Plan de 1783 du projet d'aménagement de la chapelle Sainte Colette contre le cloître. Archives du couvent des Clarisses.

Le monastère est aménagé à partir de 1415 sur l'initiative de la duchesse Marguerite de Bavière, épouse de Jean-sans-Peur, dans les bâtiments d'un ancien arsenal et cellier lui appartenant. Les premières soeurs Clarisses s'y installent en 1417 sous la conduite de Colette de Corbie et construisent une chapelle et un cloître dans le prolongement des bâtiments existants. La chapelle, détruite pendant la Révolution, est reconstruite sur ses fondations en 1838. Il s'agit de la dernière communauté religieuse intra-muros encore en activité de nos jours.

Les analyses d'historiens

Anciennes maisons (aujourd'hui disparues) qui s'appuyaient contre l'ancien hôtel des du Hamel rue Saint Roch. Dessin de Pidoux de la Maduère, 1932.

Plusieurs historiens se sont attachés à décrire l'histoire de Poligny en s'appuyant sur les nombreuses sources (chartes, terriers, comptes) que nous ont laissé les archives municipales, départementales, mais aussi régionales et bourguignones. 

Parmi les historiens et auteurs des publications les plus conséquentes, on peut citer :

  • François Félix Chevalier, historien polinois qui publia en 1767 et 1769 des "Mémoires historiques sur la ville et seigneurie de Poligny".
  • Alphonse Rousset en 1857 qui consacra pas moins de 185 pages à la description et l'histoire de Poligny dans le tome V du "Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de Franche-Comté".
  • L'abbé Pidoux de la Maduère qui publia en 1932 "Mon vieux Poligny", ouvrage principalement consacré à l'histoire des grandes familles polinoises depuis le moyen-âge,  et qui constitue un bel inventaire du patrimoine civil et religieux de la ville.
  • Pierre Gresser qui analyse le terrier de Grimont de 1456 et livre ses conclusions dans "Mélanges Roland Fiétier"; Cahier d'Etudes Comtoises; Vol. 33; 1985; p. 324 à 329, et p. 346 à 348.
  • Paul Delsalle, qui publie un artcie bien documenté sur : "Les faubourgs des villes comtoises et ceux de Poligny en particulier à l'époque de Charles Quint" dans "La Franche-Comté à la charnière du Moyen-Age et de la Renaissance 1450-1550"; p. 242 à 266; Presses universitaires de Franche-Comté; 2007.
  • Jacky Theurot, agrégé d'histoire, docteur d'Etat ès Lettres en histoire médiévale et professeur à l'Université de Franche-Comté qui rédige et publie régulièrement des travaux de synthèse de ses recherches archivistiques sur l'histoire de Poigny.

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Commentaires

02.10 | 16:44

Merveilleux souvenirs de promenade des années 1950

Quel point de vue!

...
06.08 | 07:50

Bonjour, merci pour votre commentaire. Je suis passé à Crillat mais n'ai jamais visité le site du château. Reste-t-il des vestiges ?

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04.08 | 18:57

Bonjour,je tiens à vous remercier pour ce superbe travail! vous faites revivre notre passé.Ah,au fait, connaissez vous le château de Crillat?

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10.06 | 14:38

Très intéressant. Je cherche aussi des anciennes photos de doucier et tout ce qui concerne l'ancienne voie plm et ses gares. Merci

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