https://cartes.gouv.fr
Il est aussi dit dans le terrier de 1474 que le moulin tombait en ruine faute d'entretien (et sans doute suite aux troubles de la guerre de cent ans), et que son locataire (Claude Parrenet) serait tenu d'effectuer les réparations nécessaires et de l'entretenir avec le droit de prélever tout le bois nécessaire dans les forêts de la seigneurie (celle-ci relevant depuis 1470 directement de Charles le Téméraire, duc et comte de Bourgogne, par confiscation suite à un complot contre lui par un des fils héritiers de Benetru de Chassal). Deux moulins sont mentionnés dans le terrier, tous deux implantés sur le bief du Tilleul. Celui du "Tilleul" proprement dit, et un autre, probablement celui qui était établi plus en amont à Monnet-la-Ville, dont un bâtiment existe toujours (moulin et forges au XIXe siècle).
Le moulin seigneurial du Tilleul (Pont-du-Navoy) dépendait de Monnet-le-Bourg. Il est cité dans le terrier de la seigneurie de Monnet-la-Roche de 1474. Il est dit qu'il fut construit par Benetru de Chassal (seigneur de Charchilla, Boutavant, Crillat), écuyer et échanson à la cour du duc et comte de Bourgogne Philippe le Bon qui le nomma seigneur de Monnet en 1430. Benetru décèda en 1461. On peut donc dater la construction du moulin vers le milieu du XVe siècle. Il s'agissait comme de coutume sous la féodalité d'un moulin dit "banal", c'est-à-dire avec obligation (sous peine d'amende) pour les habitants de la seigneurie de venir moudre leur blé et avoine exclusivement au moulin, et payer un droit de mouture au seigneur.
Armes de la famille de Chassal : "de Gueules au Sautoir d'Argent".
Dessin équestre de Philippe le Bon - 1429 - Armorial de l'Europe et de la Toison d'Or. Source gallica.bnf.fr / BnF.
Baie avec linteau à arc infléchi (avant restauration). Crédit photo : N. Ménétrier.
Quelques baies à linteaux ouvragés suggèrent par leur style (arcs infléchis) que le moulin a pu être modernisé ou en partie reconstruit entre le milieu du XVIe et la fin du XVIIe siècle, avec réemploi lors de la reconstruction de la fin du XIXe siècle.
Le moulin est vendu nationalement à la révolution en 1794 par Moreau (de) Faverney, "ex-noble", à Maurice Brocard (probablement son ancien locataire puisque des Brocard du "Tillet" sont mentionnés depuis la fin du XVIIe siècle).
A. Rousset indique en 1857 (Dictionnaire du Jura, volume 5, p. 315) que "Le Moulin du Tilleul est détruit depuis longtemps" sans préciser ni cause (*) ni date à ce sujet. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, il fut reconstruit, agrandi et converti en scierie.
Suite à un incendie en 2015, les bâtiments de l'ancienne scierie furent reconstruits sur les mêmes maçonneries et abritent aujourd'hui le restaurant "L'Authentique", où l'on peut admirer en mouvement l'ancienne roue à augets restaurée.
(*) Hormis un abandon possible pour obsolescence (le moulin des Ânes au nord-est de Pont-du-Navoy étant en activité à cette époque et équipé de cinq tournants), la cause très fréquente de destruction des moulins était la combustion soudaine des poussières de farine dans l'air à la moindre étincelle ou au contact de points chauds (pivots et frottement entre meules), provoquant une déflagration et un incendie très brutal.
Plan du moulin selon cadastre napoléonien de 1823
Assemblage des cadastres de 1823 de Pont-du-Navoy (Section B, feuille 4) et de Monnet-la-Ville (Section B, feuille 3), visualisant les bâtiments de l'ancien moulin, l'ancienne route (en orange), le bief, et la petite retenue alimentant le moulin.
Plan annoté avec bâtiments actuels et tracé de la route moderne (en bleu).
Archives départementales du Jura https://archives39.fr et https://cartes.gouv.fr
Détail des bâtiments du moulin sur cadastre de 1823. Archives départementales du Jura. https://archives39.fr
Superposition du plan du moulin selon cadastre de 1823 sur vue aérienne IGN de 2017 avant reconstruction suite à l'incendie de 2015.
https://remonterletemps.ign.fr/
Vestiges du moulin dans le bâti moderne
Vestige de l'angle sud-ouest du moulin (dans le prolongement des passages d'axes des roues). La base du mur est talutée. Vues N-O et S-O.
A gauche de la roue : angle sud-est de l'ancien moulin. Vue de l'ouest.
Dans l'encadré rouge : ancien passage d'axe muré de la roue amont, sur le mur sud du moulin longé par le bief.
Déversoir qui alimentait les anciennes rigoles (2x 40 cm de largeur) des deux roues à augets d'origine (de trois mètres de diamètre, à quelques mètres en aval contre l'ancien mur sud du moulin). La roue moderne restaurée à l'identique de celle de la scierie à la fin du XIXe siècle (à droite sur la photo) est beaucoup plus grande (six mètres de diamètre).
Anciens passages d'axes des roues d'origine sur le mur sud du moulin (aujourd'hui dans la cave du restaurant). L'entraxe est de trois mètres. Vue intérieure du nord-est. Crédit photo : J.M. Bourgeois.
Dans la cave, sur le mur opposé à celui des passages d'axes des roues, on retrouve les soubassements intérieurs (légèrement talutés) de la tourelle d'escalier à vis demi-hors-œuvre (au fond à droite) sur le mur nord du moulin d'origine.
Proposition de restitution du moulin au XVe siècle
Le moulin d'origine comportait vraisemblablement un bâtiment de plusieurs niveaux puisque le contour extérieur d'une tourelle d'escalier à vis (viorbe) est représenté sur l'ancien cadastre contre le mur nord du bâtiment le plus à l'ouest. Une partie de la base de cette tourelle polygonale (côté intérieur) est toujours visible dans la cave du restaurant, demi-hors-oeuvre et talutée. Cette viorbe peut être d'origine (XVe siècle) mais peut également avoir été incorporée ultérieurement (XVIe ou XVIIe siècle) à l'occasion d'une modernisation. Le moulin était probablement construit en pierre compte tenu des structures subsistantes, et à minima ses fondations et le premier niveau (parties talutées) jusqu'à sa modernisation au XVIe ou XVIIe siècle. Compte tenu de la nature du sol très argileux et gorgé d'eau, il est même possible que des pieux en bois aient été préalablement enfoncés sous les maçonneries pour assurer la stabilité de l'édifice comme cela se pratiquait systématiquement sur sol meuble, humide, et faiblement porteur, mais aucune fouille ne permet de le confirmer. Nous avons restitué deux roues à augets de trois mètres de diamètre, espacées de trois mètres (entraxe entre les passages d'axes subsistants dans la maçonnerie), alimentées par le haut, ce que semble confirmer l'ancien déversoir sur le mur médian subsistant à l'intérieur du bâtiment moderne (voir photo en haut à droite). Les roues devaient donc chacune entrainer par leur axe un renvoi d'angle (1) au niveau 0, mettant chacun en mouvement une meule tournante (2), situées possiblement à un étage supérieur (niveau 1). La topographie du terrain entre l'amont (retenue d'eau) et l'aval (bief sous le moulin) présentant un dénivelé d'environ cinq mètres, l'alimentation en grain et la distribution de la farine devait donc se faire à un niveau plus haut (niveau 2 : RdC actuel), le stockage du blé et de la farine étant supposé dans les combles. L'escalier à vis était donc justifié par la desserte de ces quatre niveaux (cf. image N°2 ci-dessus). Juste au sud-est du moulin, selon le cadastre de 1823, un petit bâtiment annexe (chambre à eau, écurie, réception ?) qui abritait peut-être les vannes de réglage du débit vers les roues et de décharge du bief, était assis entre le mur comprenant le déversoir à l'ouest et le bord de l'ancienne route, mais son origine médiévale, bien que plausible, n'est pas assurée.
Image N°3 : vue plongeante de l'ouest. A l'arrière plan, silhouettes du château de Monnet-la-Roche (démantelé par Louis XI en 1480) et de l'église de Monnet-la-Ville (entièrement remaniée au XVIIe siècle).
Image N°5 : vue du nord-est. A l'arrière plan : la côte de l'Heute (moins boisée qu'aujourd'hui). En haut à gauche : silhouette des tours du château de Mirebel (à demi caché par la côte de l'Heute).
Image N°7 : vue du nord-ouest.
Image N°4 : vue du sud. A l'arrière plan : silhouettes du château de Montrond (à gauche) et du château de Montsogeon (au centre). Sur la butte au second plan : fourches patibulaires (*) à l'extrême sud-ouest du "Molard des Fourches".
Image N°6 : vue du nord. Au centre : tourelle octogonale d'escalier à vis desservant les étages du moulin.
Image N°8 : moulin en fonctionnement, vu de l'ouest.
(*) Les fourches patibulaires (représentées sur l'image N°4), qui perdurèrent jusqu'au XVIIIe siècle, étaient constituées de piliers (dont le nombre variait selon le titre de noblesse du seigneur) supportant des poutres auxquelles étaient pendus les criminels justiciés. Afin de garantir leur rôle dissuasif, elles se devaient d'être bien visibles et étaient généralement perchées sur des reliefs à proximité des voies de grand passage.
Commentaires
10.07 | 18:39
Merci pour votre témoignage !
10.07 | 16:42
C'est vraiment merveilleux de pouvoir revoir Arlay et sa forteresse, j'ai vécu d...
24.05 | 08:49
Bonjour, Non désolé je n'ai aucun relevé des vestiges de ce château.
15.05 | 14:07
Bonjour, auriez-vous un croquis concernant le château de St Maurice/Crillat...